Aimer quelqu'un, c'est honorer sa solitude et s'en émerveiller……
La solitude est un devoir : respect à soi-même, vigilance et recueillement, intériorité, retour à soi….
Celui qui vit souvent seul apprécie d'autant plus la diversité des individus qu'il rencontre, la qualité des relations qui s'offrent à lui.
Une solitude que l'on a choisie renouvelle le regard que l'on porte sur les autres et redonne à la moindre chose son prix.
Dans la solitude, il n'y a plus de vie ordinaire, de vie quotidienne, puisque la solitude me procure le goût de l'unique et de l'inattendu. Bien sûr, je pourrai être surpris, bouleversé par cet
imprévisible mais c'est aussi le signe du tout possible de la grâce. La solitude apprend à aimer, à poser un regard étonné et bienveillant sur les êtres et à respecter leur secret. Elle invite à
la gratitude et à la louange.
Dans le jardin bruissant de la solitude, sans cesse on est porté à la caresse parce que l'attention aux choses en est le maître mot : la fleur que
l'on contemple et que l'on frôle, le baiser envoyé aux nuages, le salut aux oiseaux.
Le livre qu'on hume et qu'on entrouvre, n'est plus un produit fait de papier et de carton, il est croquant de vie, de mots et de secrets. Plus rien n'est ordinaire, tout devient très précieux :
une brindille, un insecte, une pierre, une rafale de vent.
Dans la solitude, je redécouvre l'émouvante fragilité des choses
qui est leur duvet même et chacune m'apparaît digne d'être aimée et approchée délicatement.
Le véritable solitaire, surtout s'il a choisi de vivre près de la nature, n'est pas un prédateur, il se sent frère de l'arbre, de la rivière, du rocher et de l'araignée. Et cela le rend humble et
doux.
A demeurer longtemps solitaire, en silence, on oublie les repères habituels et le temps n'est plus compté. Les heures ne tombent plus comme une
menace, le temps devient une ample respiration.
L'âme cesse d’être solitude quand elle devient sanctuaire
Une promiscuité permanente que n’équilibrerait aucun moment de solitude, aucun espace privé, conduit à coup sûr à la haine de l'autre ou à
l'indifférence.
Seul un homme libre est capable de vivre un attachement qui ne restreint ni ne ligote et de ressentir un désir incandescent qui n'a rien d'un manque. Seul un être libre est capable
d'aimer.
Ce n'est pas l'amour qui brise la solitude, c'est la solitude qui rend possible l'amour.
La solitude est un bonheur puissant, une joie inépuisable qui font de vos loisirs humains, de vos plaisirs terrestres d'illusoires compensations à un manque essentiel et ineffable. Il ne s'agit
plus de protéger son feu et ses joies personnelles, de se tenir farouchement loin des autres, mais de semer sur ses pas tout l'or récolté dans la solitude.
Les solitaires se comprennent très vite et n'ont pas besoin d'échanger beaucoup de mots pour s'entendre. Ayant approché l'essentiel, ils ne vont pas
discuter sur des broutilles ni perdre leur temps à des choses insignifiantes. Ils ne vont pas non plus s'affronter, faire valoir leur vérité, ni défendre une image de soi, parce que la solitude
leur a montré leur ignorance et leur pauvreté extrêmes en même temps qu'elle les a nourris du grand silence de l'amour.
Quand on a vraiment éprouvé que l'on est seul au monde, qu'on ne peut compter sur aucune aide humaine, alors commence la grande, la terrible aventure
verticale, mystique, si l'on a pas auparavant sombré dans le désespoir ou la folie.
La solitude, ressentie d'abord comme un état de déréliction, d'injustice, de pauvreté, est précisément l'état qui permet le voyage vers le
Levant de l'être, qui fait se lever l'homme spirituel et apparaître l'ange.
Jacqueline Kelen in "l'Esprit de Solitude"