Mardi 13 mai 2008

Le temps perdu, est le seul temps vécu. Livré à la vacuité, au silence.

 

Rien, un éclat, un reflet,

 

Juste un peu de poussière dans un rayon de lumière.

 

Le ruban gris de la route, jaune l’horizon des colzas,

 

Stridence du geai, ici les trilles de l’alouette

 

Grisolle, tire-lire, turlute, chante l’été de Mai.

 

Nous n’irons plus aux bois,

 

Mais plutôt à la mer, à l’amer des rêves.

 

Le temps perdu, est le seul temps vécu.

 

Juste dans l’interstice, dans la fissure du temps gagné,

 

Là, la vie pousse à racines nues.

 

Si vous ne m’en croyez guère,

 

Demandez à Marcel ! Pour retrouver le temps,

 

Il faut commencer par le perdre,

 

Guetter anxieusement le baiser de la mère,

 

Pour savoir se sustenter de celui de l’Aimé.


Le temps perdu est le seul temps vécu !



Illustrations :
Cher Arthur chez Art Renewal Center
Et mon petit 35 fillette dans la Manche à 13°

par L'Arpenteuse publié dans : Vénus
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Mardi 6 mai 2008

 

Tirer sa flemme, ne rien faire

 

S’étirer longuement, respirer,

Garder les yeux mi-clos

 

Et accueillir les visiteurs : Bergeronnettes, papillons, vent, parfums du printemps, odeur d’herbe coupée 

 

Et la paix en mon royaume.

 

Mauvaise conscience me dit : Tu ne devais pas aller danser à Paris???
 

C’est celà oui, je vais aller m’asphyxier là,

alors que je suis si bien ici

 

Pourquoi toujours vouloir faire.

 

Ne plus vouloir, ne plus faire

 

Juste être

 

Présence, silence

 

Vie

par L'Arpenteuse publié dans : Vénus
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Jeudi 24 avril 2008
J’en tiens un. Je m’efforce de le tenir quotidiennement, et si je n’ai pas le temps avant de partir le matin, je l’ai pris assez petit et neutre pour le compléter dans le train.

Ca fait près de 6 mois maintenant. Il y a plus d’un mois que je n’ai pas eu de « grand rêve » alors évidemment, ça commençait à m’agacer un petit peu. En plus, ce ne sont souvent que des bribes qui me restent, mais même si je ne trouve pas ça intéressant je note quand même.

 


 

Et voilà qu’hier matin, je remarque que depuis un moment, c’est presque toujours le même endroit qui revient dans mes souvenirs matinaux, la cuisine dans la maison de mes grands-parents.  La barbe, encore cette cuisine. Les dictionnaires de symbolique des rêves ne m’aident pas : Lieu de transmutation, laboratoire (Bonjour Ariaga). Et alors je fais quoi avec ça ???


Bon, réfléchissons. Qu’est-ce qu’elle avait de spécial cette cuisine là. C’était la pièce où je préférais me tenir, elle était très lumineuse, d’un côté il y avait l’immense cour avec les communs et le bois au fond, de l’autre elle surplombait la rue. C’est là qu’il y avait la grande cuisinière à bois qui réchauffait la maison en hiver. C’était la pièce à vivre ! La pièce de Vie, le foyer ? le centre de la Maison ?
 

 

Là, j’ai dû gagner un point, car cette nuit le rêve a évolué. Maintenant la cuisine nous sert de bureau à mon cher patron ; sauf que ce n’est pas le vrai patron, mais plus un mixage entre le patron, mon grand-père et C.G Jung. Il ne manquait plus que ça, voilà Carl Gustav Jung qui s’invite dans ma cuisine (Déjà que le grand-père il s’appelait Gustave!!)


Et dans cette cuisine, j’ai donc droit à un cours sur le bon usage des clés USB. Bon, là les petites malines vont tout de suite voir un symbole sexuel gros comme ……. Mais non, les obsédées, pour moi il y est plutôt question d’une connexion à établir, et pas avec le joujou du grand-père. D’ailleurs la clé USB dans l’histoire, c’est à moi qu’elle appartient (Non, non, ce n’est pas non plus la fameuse « envie de pénis » des petites filles).


Bon, et alors direz vous : 
Où nous mène tu ????

Nulle part, sauf que si je ne note pas immédiatement les rêves, même à priori, peu intéressants, ils n’évoluent pas ou peu, en quelque sorte, ils stagnent. Et je suppose, que s’ils stagnent trop, je vais finir par m’en désintéresser, ne plus noter…………. Et perdre ma connexion :-)   Ca serait bête quand même.


La meilleure preuve, c’est que ce matin, «Ca » a jugé bon de me réveiller ½ plus tôt (et c’est très inhabituel pour moi qui doit déjà me lever à 5H). Donc à 4H1/2 et «Ca » m’a obligé à noter immédiatement le rêve complet avec tous ses développements. Et pourtant, j’avais plutôt envie de rester là à rêvasser en attendant la sonnerie.


Sauf que rêvasser, c’est agréable mais ça ne m’aide pas à évoluer.


Rêver : oui.


Surtout si je m’en souviens. Donc, je note.


C.Q.F.D

"
Etroite et cachée est la porte qui s'ouvre sur l'intérieur ; innombrables les préjugés, les partis pris, les opinions, les craintes qui en interdisent l'accès."
extrait de "l'homme à la découverte de son âme" de CG JUNG

Extrait piqué sans remord sur le beau blog de Durgalola  - Qu'elle en soit ici remerciée
par L'Arpenteuse publié dans : Terre
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Jeudi 17 avril 2008
Si j'avais eu la conscience suffisamment claire et les mots suffisamment nuancés pour l'exprimer, j'aurais aimé te dire que nous sommes là pour explorer, découvrir et partager ce qu'il y a de meilleur en nous.

Chacun possède un trésor. Sois conscient et généreux de ton trésor et, en même temps, reste ouvert, attentif à recevoir le trésor des autres, disposé à apprendre et à te remettre en question.

Cherche la beauté, la vérité, l'excellence en accueillant aussi ta fragilité, ta vulnérabilité et ton ombre, de sorte d'être à même d'accueillir celles des autres. Occupe joyeusement ta place: il y a de la place pour chacun, sinon ni toi ni moi ne serions là.

Pense que ta place que tu n'occupes pas pour ne pas déranger reste vide à jamais
et réjouis-toi que chacun occupe pleinement la sienne autour de toi .


R. Tagore





Un poète, un sage, un amoureux, un homme.......

Lisez-le, méditez-le, aimez-le, et semez à tous vents la Voie, la voix de la Vie.

La voix du Réel et non de la réalité.

C'est en changeant nous même, que nous pouvons espérer faire changer cette société, qui nous mène tous au suicide collectif, au nom du Pouvoir et de l'Avidité.





Comme le chante si bien un autre poète :

Semez, semez la graine

aux jardins que j'avais.

Je parle ici de la sirène idéale et vivante,

De la maîtresse de l'écume et des moissons de la nuit

Où les constellations profondes comme des puits grincent de toutes

leurs poulies et renversent à pleins seaux sur la terre et le sommeil

 un tonnerre de marguerites et de pervenches

R. Desnos

Robert ? Est-ce à cause de toi que j'ai peint une sirène ??


par L'Arpenteuse publié dans : Soleil
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Lundi 14 avril 2008
Et je trouve une botte d'asperges
















quelques  fraises :


















Et enfin, des coquillages :



Adriaen Coorte,














Combien je les aime ces amoureux discrets de la vie, qui capturent l'essence de l'ordinaire, du quotidien, et nous en restituent la magie avec un peu de pigments, d'huile et de textile. Menant une vie intense d'aventure au fond d'ateliers obscurs et nous faisant cadeau d'un peu de leur silence assourdissant.

Ils  ont atteint leur centre, l'oeil du cyclone, leur lieu de paix. La mort elle-même ne peut plus rien contre eux.

Rentrez dans le tableau, et le Temps s'abolira
.
par L'Arpenteuse publié dans : Terre
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Vendredi 11 avril 2008
Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s'habitueront

René Char




Tableau : William Blake
par L'Arpenteuse publié dans : Soleil
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Jeudi 10 avril 2008

"Seuls les dieux franchissent des arcs en ciel".

Nous qui ne sommes que des humains, nous devons marcher sur la terre et en accepter la dureté: la terre est sèche, immobile, mais lorsqu'elle bouge, elle est terrifiante. C'est dans l'air que sont les dieux : l'air est léger, mobile mais aussi tempête. C'est l'eau transformée en air qui fait l'arc en ciel ; l'eau est fluide, comme le temps, mais elle est aussi débordement. Comment "franchir" un espace sans le feu qui est mouvement, énergie, mais aussi destruction ?

Nous sommes tout cela.

En RELIANT notre terre, "assoiffée mais fertile" (notre corps, lourd comme la terre) à l'eau (l'irrationnel du jour et de la nuit des rêves), à l'air (avec l'humour de la langue des oiseaux et des synchronicités), et au feu (l'amour qui fait se mouvoir le monde), nous deviendrons unifiés.

Comment faire pratiquement ?

C'est en vous que cela se pratique :

  1. le jour : être éveillé : par la respiration consciente qui évite le vagabondage mental, afin de décrypter les événements parce qu'il nous arrive ce qui nous ressemble. Si nous pensons pouvoir rejeter quelque chose, cela nous retombera dessus au moment où nous n'y prêterons pas attention.

  2. regarder nos rêves de la nuit comme ils sont : porteurs d'un message pour nous ou les autres, clefs qui ouvrent les portes de l'aventure.

  3. laisser s'épanouir  nos possibilités enfouies sous des masques : hérédité, éducation, société, derrière lesquels nous nous protégeons.

  4. l'Alchimie nous aide à nous RELIER à cette part inconnue en nous qui n'est autre que le problème de l'intégration du mal, (origine du mot "maladie"). Nous ne pouvons RIEN pour changer les autres ; nous ne pouvons que changer nous-mêmes. C'est en changeant nous-mêmes que nous changerons les autres.

  5. ce qui est vivant en nous est vivant en chacun. N'étouffons pas cette étincelle par peur, car la peur est une création de notre esprit (son côté négatif).

Plante un brin d'OSIER dans ton jardin ("Ose" y est !).

Ayons confiance : " Voix et Voie se répondent".

Rolande Biès : Lettre des amis de l'alchimie


Au terme d'une semaine intense d'art-thérapie avoir trouver ce texte est une heureuse synchronicité.

Il résume très bien ce que j'y accompli, parfois dans la joie, parfois dans la difficulté, mais toujours en confiance dans ma Voie. Je ne "me" prend pas au sérieux, mais le travail effectué, oui. Et il semble que c'est cela qui me rende heureuse.

Finalement, il faut simplement apprendre à m'accepter, avec ma gravité et ma fantaisie, et toujours avoir un oeil sur l'ogresse qui vit en moi.  Réussir à Unifier l'ensemble est une belle aventure.

A part ça, j'ai dansé mon Haka sans problème, j'ai même acepté d'être filmée et contrairement à beaucoup j'ai accepté ce que les images ont enregistrées :-) Je me suis offerte une belle danse guerrière qui était ce dont j'avais besoin à ce moment précis, évidemment ça en surpris certains qui m'imaginaient exclusivement dans la délicatesse et la douceur, mais "l'ogresse " aussi à droit de s'exprimer. Et la joie c'est que celà en a aidé d'autres à se libérer.

J'ai peint une jolie sirène d'enfance double spirale  qui tient à la fois de l'ADN et du symbole du yin-yang. Et je lui ai offert la compagnie d'un oiseau de paradis !

Et finalement j'ai chanté, bien obligée, je m'était choisie comme partenaire une femme complètement figée et qui se débatait avec ça. En m'obligeant à chanter, je l'ai obligée à sortir sa voix. Et ça c'est un moment magique.

En attendant, physiquement, un mois de repos ne sera pas de trop

 

 

 

 

par L'Arpenteuse publié dans : Jupiter
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Vendredi 28 mars 2008
Bon, ce poème est un peu long, voir même parfois un peu longuet, mais quelle belle promenade au pays des Profondeurs de Victor.  De toute manière, vous avez du temps pour lire et commenter, moi, je disparais pour plus d'une semaine. Arthérapie oblige, toute une semaine, vais-je y survivre :-) Suite au prochain épisode et bonne lecture

A
mis, ne creusez pas vos chères rêveries;
Ne fouillez pas le sol de vos plaines fleuries;
Et quand s’offre à vos yeux un océan qui dort,
Nagez à la surface ou jouez sur le bord.
Car la pensée est sombre! Une pente insensible
Va du monde réel à la sphère invisible;
La spirale est profonde, et quand on y descend,
Sans cesse se prolonge et va s’élargissant,
Et pour avoir touché quelque énigme fatale,
De ce voyage obscur souvent on revient pâle!

L’autre jour, il venait de pleuvoir, car l’été,
Cette année, est de bise et de pluie attristé,
Et le beau mois de mai dont le rayon nous leurre,
Prend le masque d’avril qui sourit et qui pleure.
J’avais levé le store aux gothiques couleurs.
Je regardais au loin les arbres et les fleurs.
Le soleil se jouait sur la pelouse verte
Dans les gouttes de pluie, et ma fenêtre ouverte
Apportait du jardin à mon esprit heureux
Un bruit d’enfants joueurs et d’oiseaux amoureux.
Paris, les grand ormeaux, maison, dôme, chaumière,
Tout flottait à mes yeux dans la riche lumière
De cet astre de mai dont le rayon charmant
Au bout de tout brin d’herbe allume un diamant!
Je me laissais aller à ces trois harmonies,
Printemps, matin, enfance, en ma retraite unies;
La Seine, ainsi que moi, laissait son flot vermeil
Suivre nonchalamment sa pente, et le soleil
Faisait évaporer à la fois sur les grèves
L’eau du fleuve en brouillards et ma pensée en rêves!

Alors, dans mon esprit, je vis autour de moi
Mes amis, non confus, mais tels que je les voi
Quand ils viennent le soir, troupe grave et fidèle,
Vous avec vos pinceaux dont la pointe étincelle,
Vous, laissant échapper vos vers au vol ardent,
Et nous tous écoutant en cercle, ou regardant.
Ils étaient bien là tous, je voyais leurs visages,
Tous, même les absents qui font de longs voyages.
Puis tous ceux qui sont morts vinrent après ceux-ci,
Avec l’air qu’ils avaient quand ils vivaient aussi.
Quand j’eus, quelques instant, des yeux de ma pensée,
Contemplé leur famille à mon foyer pressée,
Je vis trembler leurs traits confus, et par degrés
Pâlir en s’effaçant leurs fronts décolorés,
Et tous, comme un ruisseau qui dans un lac s’écoule,
Se perdre autour de moi dans une immense foule.

Foule sans nom! chaos! des voix, des yeux, des pas.
Ceux qu’on n’a jamais vus, ceux qu’on ne connaît pas.
Tous les vivants! – cités bourdonnant aux oreilles
Plus qu’un bois d’Amérique ou des ruches d’abeilles,
Caravanes campant sur le désert en feu,
Matelots dispersés sur l’océan de Dieu,
Et, comme un pont hardi sur l’onde qui chavire,
Jetant d’un monde à l’autre un sillon de navire,
Ainsi que l’araignée entre deux chênes verts
Jette un fil argenté qui flotte dans les airs!

mervh.jpgLes deux pôles! le monde entier! la mer, la terre,
Alpes aux fronts de neige, Etnas au noir cratère,
Tout à la fois, automne, été, printemps, hiver,
Les vallons descendant de la terre à la mer
Et s’y changeant en golfe, et des mers aux campagnes
Les caps épanouis en chaînes de montagnes,
Et les grands continents, brumeux, verts ou dorés,
Par les grands océans sans cesse dévorés,
Tout, comme un paysage en une chambre noire
Se réfléchit avec ses rivières de moire,
Ses passants, ses brouillards flottant comme un duvet,
Tout dans mon esprit sombre allait, marchait, vivait!
Alors, en attachant, toujours plus attentives,
Ma pensée et ma vue aux mille perspectives
Que le souffle du vent ou le pas des saisons
M’ouvrait à tous moments dans tous les horizons,
Je vis soudain surgir, parfois du sein des ondes,
A côté des cités vivantes des deux mondes,
D’autres villes aux fronts étranges, inouïs,
Sépulcres ruinés des temps évanouis,
Pleines d’entassements, de tours, de pyramides,
Baignant leurs pieds aux mers, leur tête aux cieux humides.
Quelques-unes sortaient de dessous des cités
Où les vivants encor bruissent agités,
Et des siècles passés jusqu’à l’âge où nous sommes
Je pus compter ainsi trois étages de Romes.
Et tandis qu’élevant leurs inquiètes voix,
Les cités des vivants résonnaient à la fois
Des murmures du peuple ou du pas des armées,
Ces villes du passé, muettes et fermées,
Sans fumée à leurs toits, sans rumeurs dans leurs seins,
Se taisaient, et semblaient des ruches sans essaims.
J’attendais. Un grand bruit se fit. Les races mortes
De ces villes en deuil vinrent ouvrir les portes,
Et je les vis marcher ainsi que les vivants,
Et jeter seulement plus de poussière aux vents.
Alors, tours, aqueducs, pyramides, colonnes,
Je vis l’intérieur des vieilles Babylones,
Les Carthages, les Tyrs, les Thèbes, les Sions,
D’où sans cesse sortaient des générations.

Ainsi j’embrassais tout : et la terre, et Cybèle;
La face antique auprès de la face nouvelle;
Le passé, le présent; les vivants et les morts;
Le genre humain complet comme au jour du remords.
Tout parlait à la fois, tout se faisait comprendre,
Le pélage d’Orphée et l’étrusque d’Évandre,
Les runes d’Irmensul, le sphinx égyptien,
La voix du nouveau monde aussi vieux que l’ancien.

Or ce que je voyais, je doute que je puisse
Vous le peindre : c’était comme un grand édifice
Fermé d’entassements de siècles et de lieux;
On n’en pouvait trouver les bords ni les milieux;
À toutes les hauteurs, nations, peuples, races,
Mille ouvriers humains, laissant partout leurs traces,
Travaillaient nuit et jour, montant, croisant leurs pas,
Parlant chacun leur langue et ne s’entendant pas;
Et moi je parcourais, cherchant qui me réponde,
De degrés en degrés cette Babel du monde.

La nuit avec la foule, en ce rêve hideux,
Venait, s’épaississant ensemble toutes deux,
Et, dans ces régions que nul regard ne sonde,
Plus l’homme était nombreux, plus l’ombre était profonde.
Tout devenait douteux et vague, seulement
Un souffle qui passait de moment en moment,
Comme pour me montrer l’immense fourmilière,
Ouvrait dans l’ombre au loin des vallons de lumière,
Ainsi qu’un coup de vent fait sur les flots troublés
Blanchir l’écume, ou creuse une onde dans les blés.

Victor_Hugo-Octopus-copie-3.jpgBientôt autour de moi les ténèbres s’accrurent,
L’horizon se perdit, les formes disparurent,
Et l’homme avec la chose et l’être avec l’esprit
Flottèrent à mon souffle, et le frisson me prit.
J’étais seul. Tout fuyait. L’étendue était sombre.
Je voyais seulement au loin, à travers l’ombre,
Comme d’un océan les flots noirs et pressés,
Dans l’espace et le temps les nombres entassés!

Oh! cette double mer du temps et de l’espace
Où le navire humain toujours passe et repasse,
Je voulus la sonder, je voulus en toucher
Le sable, y regarder, y fouiller, y chercher,
Pour vous en rapporter quelque richesse étrange,
Et dire si son lit est de roche ou de fange.
Mon esprit plongea donc sous ce flot inconnu,
Au profond de l'abîme il nagea seul et nu,
Toujours de l’ineffable allant à l’invisible...
Soudain il s’en revint avec un cri terrible,
Ébloui, haletant, stupide, épouvanté,
Car il avait au fond trouvé l’éternité.



Quelques dessins ici et

Ah Victor, mon cher Toto, Homme océan, comme j'envie ta Juliette.
par L'Arpenteuse publié dans : Lune
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Mercredi 26 mars 2008
Qu'ici cesse ma course, que je retrouve enfin mon souffle,

Loin du Centre Commercial où le vide mugit,

Klaxon, enseignes, sirènes de l'ennui,

Il ne fallait pas me provoquer

C'est vous, qui l'avez voulu,

Tant pis pour vous,

Celle que je fus,

N'est plus.

J'ai explosé l'étau,

Lâché curée et hallali,

Je retourne à l'ancien peuple,

Celui des bois et des ruisseaux,

Celui qui scintille matin dans l'oubli,

Celui dont le silence chante, stridule, brame et glapit.

Oh mon Aimé, que je bruisse à jamais, portée par ton souffle.



333634.JPGbernini_hands-copie-1.jpg






Le Bernin
Daphné et Apollon
Galerie Borghese
par L'Arpenteuse publié dans : Vénus
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Jeudi 20 mars 2008
Aimer quelqu'un, c'est honorer sa solitude et s'en émerveiller……

La solitude est un devoir : respect à soi-même, vigilance et recueillement, intériorité, retour à soi….
Celui qui vit souvent seul apprécie d'autant plus la diversité des individus qu'il rencontre, la qualité des relations qui s'offrent à lui.
Une solitude que l'on a choisie renouvelle le regard que l'on porte sur les autres et redonne à la moindre chose son prix.
Dans la solitude, il n'y a plus de vie ordinaire, de vie quotidienne, puisque la solitude me procure le goût de l'unique et de l'inattendu. Bien sûr, je pourrai être surpris, bouleversé par cet imprévisible mais c'est aussi le signe du tout possible de la grâce. La solitude apprend à aimer, à poser un regard étonné et bienveillant sur les êtres et à respecter leur secret. Elle invite à la gratitude et à la louange.

Dans le jardin bruissant de la solitude, sans cesse on est porté à la caresse parce que l'attention aux choses en est le maître mot : la fleur que l'on contemple et que l'on frôle, le baiser envoyé aux nuages, le salut aux oiseaux.
Le livre qu'on hume et qu'on entrouvre, n'est plus un produit fait de papier et de carton, il est croquant de vie, de mots et de secrets. Plus rien n'est ordinaire, tout devient très précieux : une brindille, un insecte, une pierre, une rafale de vent.

kelen.jpgDans la solitude, je redécouvre l'émouvante fragilité des choses qui est leur duvet même et chacune m'apparaît digne d'être aimée et approchée délicatement.
Le véritable solitaire, surtout s'il a choisi de vivre près de la nature, n'est pas un prédateur, il se sent frère de l'arbre, de la rivière, du rocher et de l'araignée. Et cela le rend humble et doux.

A demeurer longtemps solitaire, en silence, on oublie les repères habituels et le temps n'est plus compté. Les heures ne tombent plus comme une menace, le temps devient une ample respiration.

L'âme cesse d’être solitude quand elle devient sanctuaire

Une promiscuité permanente que n’équilibrerait aucun moment de solitude, aucun espace privé, conduit à coup sûr à la haine de l'autre ou à l'indifférence.
Seul un homme libre est capable de vivre un attachement qui ne restreint ni ne ligote et de ressentir un désir incandescent qui n'a rien d'un manque. Seul un être libre est capable d'aimer.

Ce n'est pas l'amour qui brise la solitude, c'est la solitude qui rend possible l'amour.
La solitude est un bonheur puissant, une joie inépuisable qui font de vos loisirs humains, de vos plaisirs terrestres d'illusoires compensations à un manque essentiel et ineffable. Il ne s'agit plus de protéger son feu et ses joies personnelles, de se tenir farouchement loin des autres, mais de semer sur ses pas tout l'or récolté dans la solitude.

Les solitaires se comprennent très vite et n'ont pas besoin d'échanger beaucoup de mots pour s'entendre. Ayant approché l'essentiel, ils ne vont pas discuter sur des broutilles ni perdre leur temps à des choses insignifiantes. Ils ne vont pas non plus s'affronter, faire valoir leur vérité, ni défendre une image de soi, parce que la solitude leur a montré leur ignorance et leur pauvreté extrêmes en même temps qu'elle les a nourris du grand silence de l'amour.

Quand on a vraiment éprouvé que l'on est seul au monde, qu'on ne peut compter sur aucune aide humaine, alors commence la grande, la terrible aventure verticale, mystique, si l'on a pas auparavant sombré dans le désespoir ou la folie.

La solitude, ressentie d'abord comme un état de déréliction, d'injustice, de pauvreté, est précisément l'état qui permet le voyage vers le Levant de l'être, qui fait se lever l'homme spirituel et apparaître l'ange.


Jacqueline Kelen in "l'Esprit de Solitude"

par L'Arpenteuse publié dans : Terre
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