Que la nuit est épaisse et que ta présence m’est douce. Il y a si longtemps mon Aimé que nous ne nous sommes vu. Pourtant nous voici ensemble à nouveau, comme
la première fois.
Communiant dans la vie, par nos vies ; par le souffle et les battements affolés de nos cœurs. Enlacés, liés par nos enchantements, vivants dans chacune
de nos fibres, vibrants dans chacun de nos nerfs. Ton rire si doux. Pourquoi me dis-tu que je triche ? La joie absolue qui nous submerge, et nos larmes qui se mêlent.
Cette phrase murmurée
tendrement : Je ne sais plus où je commence, je ne sais plus où tu finis » Qui la prononce ? Toi ? Moi ? où les 2 ensembles ?
Je ne sais plus. Tu as disparu, et je reste seule heureuse et en paix, je baigne dans une infinie douceur. Nue comme au premier jour.
Brutalement, quelqu’un arrache la couette. Il y a une jeune fille brune recroquevillée au pied du lit. Elle a un rire d’enfant, et s’amuse de ma confusion. Je
suis confuse, elle a tout vu, elle a tout vu ! Alors elle me serre tendrement dans ses bras, et toujours avec son rire malicieux, elle m’offre une sorte de tunique blanche très
fluide.
Et le plafond, les poutres, les meubles, le lit, tout s’arrache, s’envole, disparait. Ce n’est pas effrayant, plutôt exaltant. Nous sommes maintenant dans une
rue d’une ville aux petites maisons blanches, carrées. On dirait un village mexicain. Il n’y a que nous, tout semble endormi. Elle me donne la main et m’entraîne à travers la ville.
Nous passons une porte, et nous voici maintenant dans un jardin ceint de murs. Un jardin de Mai, débordant de fleurs et d’oiseaux. La jeune fille me conduit
jusqu’à 2 dames qui sont au centre du jardin, l’une d’elle est une femme âgée, l’autre doit avoir dans les 35 ans. Toutes deux sont très belles, richement parées comme dans un tableau de
Rossetti.
Elles m’accueillent comme l’une des leurs. Alors je leur dit que nous sommes de la même famille, celle de femmes qui ont aimé et ont été condamnées. Elles me
sourient tendrement, et me serrent dans leurs bras.
Et là le réveil sonne. Maudit soit ce réveil !!!!
Mais en y réfléchissant bien, ce n’est pas important, le rêve était terminé. Sur ce rêve, j’ai vécu des mois, il a été mon guide.
Je l’ai noté immédiatement pour ne rien en perdre, c’est inhabituel chez moi. Et puis je l’ai épluché, analysé, enfin tenté de l’analyser. Dans cette joie intense, il y avait
l’inquiétude de ce « tu triches » ! Même si dans le rêve, cette "tricherie" semblait être considérée comme un enfantillage.
Et puis ,il y eut d’autre rêves, comme celui où cet amant bien-aimé revenait encore, et le message était que « ce n’était pas pour le sexe, mais pour la vie ». Phrase
répétée à plusieurs reprises, martelée même, comme si l’on craignait que je me fourvoie sur la nature réelle de ces rêves. Là, pouvait être la tricherie. Réduire ces rêves à
des images érotiques et plaisantes.
Je me suis alors centrée sur le jardin,
véritable jardin de la réconciliation. Par ce rêve, j’ai pris conscience que depuis plus de 20 ans, j’avais mené une vie en désaccord total avec mes principes et mes valeurs les plus profondes.
Pour satisfaire d’autres, pour tenter de m’en faire aimer, pendant des années j’ai endossé le rôle d’une femme froide, efficace, écrasant tout semblant d’émotion. Je m’en absolvais en jouant les
« chevaliers blancs », je n’ai jamais nuit à personne (sauf à moi-même), c’était mon plus grand titre de gloire. Toujours prête à endosser la tunique de la martyre, et à me sacrifier.
Au travail, ou dans la vie privée, je ne laissais rien apparaître de moi. De fait, je n'existais pas. Evidemment, cette obstination eut un prix, et un prix très lourd.
Mais ce que le rêve m’apprenait, c’est que maintenant était venu le temps de me reprendre, et que j’avais une vie à accomplir, que j’en avais le droit, et même le
devoir.
Tableau "Tree of life" : Suzanne Scherrer et Pavel Opourov
Rachel et Lea - D.G Rossetti
2 sites interressants sur les rêves :
E-Rêve
Récits de rêves - Un très beau site canadien, documenté et littéraire