Autrefois, enfant et adolescente j’aimais dessiner et peindre. D’ailleurs, c’est une maladie dans la famille qui compte quelques « artistes », plus ou moins maudits, c'est-à-dire qui en vivent ou en vécurent plus ou moins bien.
 
Donc jusque là, il n’y avait rien d’anormal dans cette attirance pour les crayons et les boîtes de couleurs. J’avais d’ailleurs un joli coup de crayon, et patouillais avec une certaine élégance. De toute manière, je n’avais jamais envisagé d’essayer d’en faire carrière, j’aime beaucoup trop le confort pour ça.
 
Les choses s’envenimèrent lorsque certaines personnes (que j’aime énormément par ailleurs) me firent la remarque que ma peinture était « religieuse ». RELIGIEUSE !!!!! Pour moi, qui gravitais entre Gustave Moreau et Marx Ernst, je ne voyais rien de religieux là dedans, du moins au seul sens catholique de ma famille. J’en conçu une rage qui me fit envoyer tout le bazar au feu et à la poubelle. Je distribuais le matériel autour de moi, et décidais d’oublier tout cela.
 
Pendant plus de 20 ans j’ai tellement bien oublié « cela » que lorsque j’abordais mon stage au mois de mars, j’avais presque régressé au niveau du bonhomme-têtard que l’on dessine vers 4 ans. Inutile de préciser que je n’étais pas très faraude à l’idée d’affronter "ma créativité".
 
La première « œuvre » reflétait très bien cet état d’esprit. J’avais œuvré sur un format minuscule (10 x15 cm environ) et il y avait plein de petites choses éparpillées là-dessus, sans liens entre elles, et comble de l’horreur dans des tons pastels qui n’ont jamais été les miens. Je me suis consolée en voyant les résultats chez les autres, qui certes donnaient dans le grand format, mais à part ça.....
 
Le lendemain,  satisfaction avec un exercice sur les lignes d’où je ressorti avec un genre d’art pariétal, une curieuse bête ailée qui semblait se cabrer, et si les couleurs étaient les mêmes, orange et violet, les tons étaient nettement remontés.
 
Et le 3ème jour, le 3ème jour j’ai connu mon apocalypse personnelle. L’exercice portait sur la forme et je décidais de m’inspirer d’une des fenêtres de la salle, celle qui se trouvait dans la partie réservée à la méditation. Et voilà, ce qu’il en ressorti :
 
 CROQUIS.JPG
 
Je me suis retrouvée à monter en pression toute la matinée, au point d’être presque en larmes à la table du repas que je quittais avant la fin pour retourner à l’atelier. Là, avoir tergiversé un moment, la rage débordant, je m’armais d’un beau pastel sec bien noir, et repassais sur les lignes que j’avais peintes en gris.  Après quoi, je contemplais l’horreur dont je venais d’accoucher. Dire que j’étais accablée serais un doux euphémisme, j’étais effondrée. Comment avais-je pu sortir ça de moi ????? Ce n’était pas moi CA !!! Et il allait falloir l’accrocher au milieu des dessins des autres, c’était impensable. Ma première réaction fut la fuite, je rejoignais ma chambre et appelais au secours chez moi pour qu’on vienne me récupérer. Evidemment, ça fit beaucoup rire, j’avais voulu affronter ma bête, que je débrouille avec elle ! Bon, après un petit temps de pause, je trouvais que le conseil n’était pas si idiot, et je retournais à l’atelier.
 
Avec des ciseaux, j’amputais le monstre de sa partie inférieure (castrais ?) et me décidais à aller voir la formatrice, fort humblement, (si, si, humblement pour de vrai) et à lui demander quelques conseils pour rendre présentable la chose dans le peu de temps qui restait. « Si tu ne t’en sors pas, fait dans le décoratif, mais surtout n’oublie pas que si tu t’ouvres à ta sensibilité, tu ne peux pas le faire à demi, c’est un choix à faire »
 
Sur le moment, je n’ai retenu que la première partie de ces conseils, et à l’aide de mon petit camarade préféré, j’arrivai à bricoler cela :
 CROQUIS2.jpg
 
Cette nuit là, j’ai rêvé qu’enfermée dans la maison de mon enfance, je voyais une tempête terrible se déchaîner et emporter tout sur son passage, tout, sauf moi et la maison. C’était plutôt amusant à regarder.
 
Plus tard, j’ai compris que ce jour là je m’étais débarrassée de la plus grosse partie d’un orgueil COLOSSAL et d’une violence inouïe qui dévoraient ma vie, et cet orgueil hypocrite de surcroit se dissimulait sous des « je ne suis que », « je ne suis pas ».
 
C’est ça l’art-thérapie. Bon, je vous rassure pour d’autres il s’agissait juste de passer une semaine à dessiner. A chacun de trouver ce qu’il cherche vraiment.
 
PS : Bidouiller le monstre via l'informatique, pour lui redonner son visage originel. Pfff, même pas peur
publié dans : Jupiter ajouter un commentaire
Mercredi 31 octobre 2007

commentaires (8)    par L'Arpenteuse

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(B. Russell / 1872-1970  - Pourquoi je ne suis pas chrétien )
 
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