Ambre, curieuse, me demande quel est mon lien avec Etty

Et puis le billet précédent, sur ces camps de la honte, dans un pays qui aime donner aux autres des leçons sur les "Droits de l'Homme".

Alors oui, je crois qu'il est temps de parler d'Etty.

Mon lien à Etty, c'est d'abord la rencontre avec ce sourire:

Hillesum.jpg












Ma grand-mère appelait ce genre de sourire, un soleil. Ca lui va merveilleusement à Etty ce mot de "soleil", elle rayonne de vie, de malice, de joie........

Oui mais, un soleil à Westerbork,   l'antichambre  hollandaise d'Auschwitz, comment est-ce possible ?

La rageuse sphinge qui aimait cracher son venin dans ma petite tête, ne manqua de me faire remarquer qu'il ne pouvait s'agir que d'une folle. " C'est vrai quoi, tu as lu, assez vu, assez entendu sur ces camps de la mort pour savoir qu'il est impossible d'y sourire ainsi !!! sauf si l'on est fou. Donc, inutile de t'embarquer dans une lecture qui risque au mieux de t'exaspérer, et au pire de te mettre en rage. Parce que l'apologie du martyr, ça me donne envie de vomir"

Il faut l'excuser. Cette sphinge était une idiote, elle ne pensait qu'avec sa tête.

Heureusement, depuis un moment déjà, cette vois là,  je ne l'écoutais plus vraiment, elle radotais et je faisais ce que j'avais à faire.

Donc, j'achetais donc Une vie bouleversée, suivi des  Lettres de Westerbork.  Et je rangais le livre.

Il m'a bien fallu deux mois au moins avant d'oser l'aborder.

Ensuite, je me suis demandée, comment j'avais pu vivre avant. Avant de connaître sa voix à elle.

A elle, qui fut femme, amoureuse, curieuse, gourmande, douillette, parfois lasse , une vrai femme enfin, pas une héroïne invincible
et qui écrit à Westerkork après avoir traversé des années de guerre, de deuil, et de privations d'une violence inimaginable, pour nous, confortablement installés dans nos petites vies occidentales du XXIème siècle

Je voulais seulement vous dire : oui, la détresse est grande et pourtant il m'arrive souvent, le soir, quand le jour écoulé a sombré derrière moi dans les profondeurs, de longer d'un pas souple les barbelés, et toujours je sens monter de mon coeur, je n'y puis rien c'est ainsi, cela vient d'une force élémentaire,  la même incantation : La vie est une chose merveilleuse et grande. Après la guerre nous aurons à construire un monde entièrement nouveau et, à chaque nouvelle exaction, à chaque nouvelle cruauté, nous devrons opposer un petit supplément d'amour et de bonté à conquérir sur nous-même. Nous avons le droit de souffrir, mais non de succomber à la souffrance. Et si nous survivons à cette époque, indemnes de corps et d'âme, d'âme surtout, sans amertume, sans haine, nous aurons aussi notre mot à dire après la guerre.

La guerre a passé, Etty est morte. Et la société des humains a continué son petit train ordinaire : Haine, rapacité, vengances, guerres.

Simplement, nous autres les occidentaux nous croyant malins, nous nous sommes sont enfermés dans notre forteresse, paradis de la consommation et du prêt-à-penser, laissant les pauvres à l'extérieurs se déchirer pour les quelques miettes que nous leur concédions.

Aujourd'hui, il semble que nous risquions d'être rattrapés par toutes nos vilaines petites saletés. Et si nous ne sommes pas capables  d'au moins "essayer" de construire ce monde nouveau, je pense qu'il y a du souci à se faire.

Et le premier souci, c'est que ce monde là, comme elle le dit, comme le disent Jung, Krisnamurti et tant d'autre, ce monde là c'est que chacun doit déjà le construire en soi-même, y établir sa propre royauté.

Une société d'individus conscients et libres. Plutôt qu'une société de consommateurs omnubilés par leurs pouvoir d'achat.

Ca ressemble fort à une utopie ça. Qui a dit :  "Point n'est besoin d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer" ?

Alors au boulot :-))

Et ne vous faites pas d'illusion, ce n'est pas facile, ni toujours agréable. Souvent on tombe et on se demande mais pourquoi je m'emmerde à ça (surtout moi, je n'ai pas d'enfant). Après tout, c'est vrai ça, une petite douillette et pépère (non mémère) avec mes chers bouquins, de la musique, un cadre agréable, c'est un programme facile et sympa ça, non????

Sauf que ce n'est pas le mien.

Concernant Etty, sur le Net on  trouve d'excellents articles , et aussi. Mais c'est juste une mise en train. Il faut la lire, et la relire, et surtout l'écouter.

Je vous le disais, au boulot !





publié dans : Soleil ajouter un commentaire
Lundi 7 janvier 2008

commentaires (7)    par L'Arpenteuse

Commentaires

Une amie me l'a offert il y a deux moi, son livre...Pour l'instant, je n'ai pas osé l'ouvrir. Mais il m'attend.
Nous ne pouvons pas impunément reporter la confrontation avec ce qu'il y a de moins bon et de meilleur en nous...
commentaire n° : 1 posté par : Lise (site web) le: 08/01/2008 17:11:06
Ambre Curieuse n'avait jamais reçu une si belle réponse... merci !
moi, ma rencontre avec Etty, je la raconte ici :
http://zenpourlesnulles.canalblog.com/archives/2007/12/15/7243362.html#comments
je m'en veux de ce pas faire un lien vers ton article sur mon blog !
très belle journée à toi
commentaire n° : 2 posté par : ambre (site web) le: 09/01/2008 13:33:08
je viens de voir que mon lien ne marche pas alors je te re mets tout le post ici ! :D
à bientôt !

C’était il y a quelques mois. Onze exactement.

Au bas des billets journaliers qu’envoyait Lung Ta, revenait fréquemment des citations du livre de Etty, " Une vie bouleversée ".

A chaque fois, je me disais : " il faut que je lise ce livre".

Les jours passaient.

Un jour, en entrant à la Bibliothèque Municipale, ouaouuuh..

je le vois ! Il était juste en face de moi, comme une évidence.

Pas Lung Ta.

Le livre.

La bibliothécaire l’avait sorti de son étagère pour l’exposer à mes yeux ébahis, écarquillés, ébaubés.

Un signe ?

Sûrement.

J’ai donc pris le livre.

Puis je l’ai ouvert sans méfiance.

Après quoi il s’est passé quelque chose que j’ai rarement expérimenté : je n’arrivais plus à le refermer.

A tel point que, moi qui lis d’habitude seulement le soir, je ressentais le besoin de lire à tout moment du jour.

Je me suis donc mise à marcher, avec Etty dans mon sac. Je marchais, je marchais, je marchais, je ne savais pas où j’allais mais j’y allais fermement, moi qui d’habitude marche très nonchalamment, j’emmenais mon livre, Etty Hillesum,

d’habitude quand je lis je note certains passages, mais là c’est terrible il m’aurait fallu noter quelque chose de chaque page.

Donc, je m’arrêtais un peu, je lisais, je marchais, je m‘arrêtais, je lisais, je marchais.

Etty dit " il faut savoir se rendre passif, se mettre à l’écoute"

Elle dit aussi " il m’arrive souvent de trouver plus facile de mourir que de vivre "

Je n ‘avais jamais compris (jamais ressenti) ce que çà peut bien être que de ne plus avoir envie de vivre.

Même quand j‘étais petite fille, dans des situations où les petites filles se mettent les bras sur la tête en priant pour que çà s’arrête, je me rappelle très bien que même comme çà, avec la terreur au ventre, quelque chose me montait dans la poitrine, quelque chose me dévastait, j’avais la peau recouverte de frissons partout partout, et ce quelque chose, c’était mon amour, mon amour de la vie, alors je dansais, j’éclatais de rire là où peut être d’autres auraient pleuré (ce qui faisait déjà de moi une compagne universellement appréciée).

Non, bon, aujourd’hui je suis sérieuse.

Je disais donc que ce concept de " trouver plus facile de mourir " qui me dépassait totalement, voilà que c’était exactement ce que je ressentais : c’est difficile de vivre !

Lung Ta (qui doit bien rire dans les moustaches qu’il n’a pas) le dit souvent et je le prenais pour un extra-terrestre, alors que l’extra terrestre, c’était moi.

Peut être parce que j’avais le " complexe de Blanche-Neige " ? (conte de fées, tout le monde i’l’est beau tout le monde i’l’est gentil, etc)

Bon pour en revenir à mon livre de Etty, je marchais en lisant, (ou je lisais en marchant) mais comme c’était en janvier (j’ai emprunté le livre à la biblio le 14 janvier 2007 exactement) vers 18h la nuit tombait et je ne pouvais plus lire.

Néanmoins tout en marchant, je pensais à ce que Lung Ta m’avait dit.

Oui, parce que peut être que Philippe sait parler aux femmes.

Mais Lung Ta, lui, sait parler aux nounounes.

Bon OK, il offre pas des fleurs.

Il offre des monstres.

http://lungtazen.canalblog.com/albums/zem_01/photos/10769804-zem_006.html


Mais bon. Il mérite quand même une ovation spéciale.

D’abord parce que c’est grâce à lui si j’ai découvert Etty. (Bon, OK, il n’y est pas pour grand-chose) (il m’a avoué que les phrases d’Etty écrites au bas de ses mails sont bêtement tirées au sort par son ordinateur qui nous le savons tous, est une chose sans âme et sans cœur)

Mais bon.

Je l’ovationne quand même.

Car Lung Ta est le seul qui m’ait jamais dit

" est-ce que tu t’es déjà demandé si ce que tu vis est vraiment toi ? "

J’en ai été toute ébaubie.

C’est là que je me suis mise à me repenser totalement (et assez audacieusement, je dois bien l’avouer) :

suis-je ce que je parais être ?

parais-je ce que je suis ?

Mrffffffff.

Si je ne suis pas ce que je parais, ne devrais-je pas passer du temps à chercher comment je serais si j’étais ce que je parais ?

Oui mais si je passe du temps à chercher comment je serais si j‘étais ce que je parais, arriverais-je à la conclusion que je ne suis pas ce que je parais que je suis ?

Et si je ne suis pas ce que je parais que je suis, pourquoi alors consacrer du temps à chercher comment je serais si j’étais celle que je parais ?

Oui mais quand bien même je serais celle que je parais que je suis, ne m’enfoncerai-je pas là dans une illusion ?!!! Celle que je pense que je suis ? En effet, puis-je voir ce que je pense que je suis, surtout si on tient compte du fait que je ne suis pas ce que je suis mais seulement ce que je parais que je ne suis pas ? Et même si je suis ce que je parais, n’en reste-t-il pas moins que ce n’est que le concept de ce que je pense que je parais que je suis ?

Ne serais-je donc qu'une illusion ??????!!!!??????

Lung Ta,

merci beaucoup.
commentaire n° : 3 posté par : ambre (site web) le: 09/01/2008 13:39:59
Voilà trois fois qu'Etty me fait signe en quelques semaines, il va falloir que j'aille quérir ses livres!
commentaire n° : 4 posté par : Sérénissime (site web) le: 09/01/2008 15:01:33
Certes, notre société n'est peut-être pas l'idéal parfait qui serait en correspondance non seulement entre ses actes et ses pensées, mais également davantage tournée vers les autres.

Toutefois, elle nous donne les moyens de faire en contrepartie de son entretient (c'est parce que nous sommes consommateurs qu'elle fonctionne); ce qui lui manque en réalité n'est pas le partage (même si un peu plus ne ferait pas de mal), mais c'est son état de conscience individuel qui souffre de myopie.

Le travail à venir consistera à changer son état d'esprit pour voir ne serait-ce qu'une partie des conséquences des actes individuels, bien au-delà du seul perimètre que les gens veulent bien regarder.
commentaire n° : 5 posté par : paradox (site web) le: 10/01/2008 09:24:27
Lise et Sérénissime, j'espère de tout coeur que vous rencontriez Etty, même si c'est une rencontre dont on ne revient pas indemne. C'est sans doute pour ça que l'on hésite tellement à l'ouvrir :-)

Ambre, je ne te dis rien, j'ai vu que tu avais trouvé.

Paradox, le travail dont parlais Etty était d'abord celui de la connaissance de soi, le reste découle de ce que l'on trouve au coeur de soi :-) En fait, la leçon d'Etty c'est d'apprendre c'est d'apprendre à écouter son coeur plutôt que sa tête. Et il n'est pas question ici de sentimentalité.

Merci pour tout
commentaire n° : 6 posté par : L'Arpenteuse (site web) le: 10/01/2008 16:27:39
Tu as raison, au boulot, c'est un trou, plus un gouffre dans mes connaissances...
commentaire n° : 7 posté par : ariaga (site web) le: 11/01/2008 17:44:13

Images Aléatoires

Catégories

Libres pensées

"Ceux-là seuls qui se prosternent comme des esclaves devant la réussite peuvent trouver que l'efficacité est admirable indépendamment de l'accomplissement auquel elle tend."
(B. Russell / 1872-1970  - Pourquoi je ne suis pas chrétien )
 
créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus