Et commençons par le commencement :

Dès la naissance j’ai eu à apprendre que la meilleure façon de rêver était surtout de ne pas rêver et de ne rien attendre, ni espérer du monde qui m’entourait. Surtout de celui des humains, tel que ma famille voulu bien me le faire découvrir. 

Comme je suis très sotte, il me fallut plus de 45 ans pour découvrir que lorsque une mère se vante, entre autre,  de corriger un nouveau-né pour lui ôter sa « méchanceté », le coupable alors n’est pas l’enfant, mais la mère.  45 ans à ne rien écouter des messages de ma petite voix qui me racontait une histoire terrible, et à croire qu'il me fallait me racheter des milles et une méchantés commises à l'insu de mon plein gré.

J'étais tellement chargée de méchanceté qu'à 6 ans je calculais avec terreur l'extension des tâches dont je croyais mon "âme" définitivement souillée. Au point d'avoir commencée très jeune ma longue carrière d'insomniaque, et que lorsque je parvenais à dormir, j'avais des crises de somnabulisme qui immanquablement se rajoutèrent à ma longue liste de "méchancetés". Au point d'avoir envie de mourir pour avoir enfin la paix, ce qui sous-entendrait, qu'au fin fond de moi, j'avais parfaitement compris que l'enfer c'était l'ici et maintenant de ma chère famille.

Ces émules de la Sainte Inquisition ne connaissaient qu’un mot dans leur vocabulaire : INTERDIT. De parler, de rire, de bouger, de lire où même de rêver : Toute marque d’affection est une faiblesse, tout espoir une frivolité,  tout amour une illusion : Un seul sens à  l’existence : Servir.  Souffrir, et servir : Dieu, le roi et la famille. Sauf que vu qu’on s'était fâché avec Dieu, que de Roi il n’y en avait plus, il nous restait LA FAMILLE.

sllepy.jpg  Hors LA FAMILLE, point de salut. Dès le plus jeune âge, nous fûmes instruites des gloires défuntes de notre tribu et combien injustement nous avions sombré dans la ruine, dans la ruine, certes, mais pas dans la déchéance. Car fort heureusement nous n'avions jamais perdu notre fort précieuse "noblesse", présente même dans des petites femelles comme l'Arpenteuse et ses soeurs. Bien que nous soyons "petites garces", (Il s'agit du surnom tendre donné aux filles) et filles de garce  nous avions une certaine valeur, probablement pour avoir hérité d'une part du précieux sang.

On pourrait penser que ce n'est pas très épanouissant comme enfance. Ce fut d'ailleurs ma première réaction quand, grace au conte de la petite voix,  je retrouvais une certaine petite fille, dans sa réalité crue, très loin du brouillard de l'idéalisation .

 Evidemment, le jour où c’est sorti, je fus un peu fâchée.  D’abord, sur mon Inquisition familiale et sa représentante la plus proche, ma mère. Ensuite sur moi-même qui n’avais rien vu, ni compris durant toutes ces années.

En colère, jusqu’à ce que je comprenne que pour être vraiment vivante, il fallait, plus encore que pardonner, passer outre et ne pas me noyer dans une rancune stérile, pas plus à l’égard des autres que de moi-même. La rancune ça ne laisse pas de place à la vie.

D'autre part, cette éducation avait eu quelques avantages. Outre une bonne culture générale, elle m'a permis de développer mon sens de l’observation et de l’attention, elle m’a obligé à faire de ma vie un chemin d’études et de réflexion, elle m’a ôté toute velléité de jugements hâtifs en m’obligeant à être en permanence dans l’examen de ma conscience et des mes attitudes.

Finalement, j'en viens presque à leur en être reconnaissante de leur fichue éducation,  enfin presque...... Et puis de quel droit les juger, après tout , la seule chose dont je sois sûre c'est qu'ils ont connu quelquechose de  terrifiant dans leur histoire qui les a mené à ça : A la perte de leurs "biens", de leurs"honneurs" et finalement d'eux même. Puisqu'à reprendre leur généalogie c'est face à un suicide collectif qu'on se retrouve : D'abord par dissolution de générations entières dans les ordres, et une fois que Dieu fut déclaré mort, par des méthodes diverses et variées.

Mais ça, il n'y a que moi qui accepte de le voir, les autres, ils continuent à être fiers de leur "originalité", les filles de leur "garcitude" et tous en crèvent à petit feu, après tout c'est leur problème. Moi de cette histoire là, je  m'en suis échappée.

Ceci étant posé, le conte de la petite voix peut commencer.

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Mardi 5 février 2008

commentaires (7)    par L'Arpenteuse

Commentaires

La suite!! :-)
commentaire n° : 1 posté par : Sérénissime (site web) le: 05/02/2008 20:02:33
Mes esgourdes sont grandes ouvertes pour, comme Sérénissime, attendre la suite de ton "conte".

Quelle histoire que celle de ta famille. Un enfermement qui n'était certes qu'une défense face aux pertes multiples. Mais quels dégâts pour tous les membres. Comment veux-tu qu'une petite fille réagise dans ce contexte et comprenne ? Entre se révolter et fermer toutes les écoutilles, la marge de manoeuvre est faible. Il y a aussi s'en prendre à soi-même comme tu l'as fait.
Tout ça est loin derrière toi maintenant. Tu t'en es échappée.

Je suis toujours éberluée par la fermeté de ton chemin vers toi. Chapeau pour te dégager des regrets et de la rancune, s'en vouloir et en vouloir aux proches et aux autres, c'est bien le plus douloureux pour soi, le plus destructeur.
Si ce n'est pas indiscret, raconteras-tu un jour comment tu as ouvert les yeux ?
Des bises.
commentaire n° : 2 posté par : meerkat (site web) le: 06/02/2008 10:20:32
Tu sais Meerkat, c'est justement ce que dira le conte de la petite voix ou de la sphinge si tu préfères :-))

Pour le reste, je te dirais de lire ce post chez Lung Ta http://lungtazen.canalblog.com/archives/2008/01/22/7656411.html#commentsung
La polémique sur la notion bourreau/victime, il y a longtemps que je l'ai étudiée dans tous les sens, pour finalement devoir admettre que ce bourreau était aussi en moi n'attendant que son heure pour se réveiller. A partir de ce moment là, comment continuer à détester mon bourreau.

Si je le fais j'agis exactement comme elle, je me disais : attention, là tu commences à ressembler à ta mère :-)) Regrets et rancunes ne servent à rien qu'à s'empoisonner. Il semble que naturellement je n'ai pas de goût pour le culte du négatif .

Je me dis souvent que je suis une éternelle amoureuse, du vent, du soleil, de la poésie etc, etc alors il vaut bien mieux se consacrer à ce que j'aime, puisque maintenant je peux enfin vivre librement.

Maintenant je ne la laisse plus intervenir dans ma vie, j'en prend soin d'assez loin quand même ;-)) et quand elle essaye de m'en remettre une couche de remarques acides, je dis STOP, et bonsoir. Ca marche très bien
réponse de : L'Arpenteuse (site web) le: 06/02/2008 14:13:02
Que dire que meerkat n'ait déjà dit.
Alors, tout pareil, et des bises à cette petite fille si seule, et qui a sû garder les yeux et le coeur grands ouverts au coeur de l'adversité.
commentaire n° : 3 posté par : Lise (site web) le: 06/02/2008 13:39:52
Merci Lise de la part de la petite fille d'autrefois et de l'Arpenteuse d'aujourd'hui :-)
réponse de : L'Arpenteuse (site web) le: 06/02/2008 14:17:01
Et que dire des personnes racontant une enfance dorée ....
Adultes elles sont souvent tristes , sans rêves. Je salue votre énergie.
CP
commentaire n° : 4 posté par : Cpatricia (site web) le: 07/02/2008 08:23:23
Oui... ce qui compte c'est d'en être sortie. Moi aussi ça m'a pris "un certain temps", comme disait Fernand. ;-)
commentaire n° : 5 posté par : Kinkapricorne le: 09/02/2008 17:17:35
Toi qui est sur le chemin d'une bonne connaissance de Jung tu sais peut-être qu'il pensait que la meilleure manière de se construire est de se construire "contre". En particulier pour les filles il pensait que les filles chéries à Maman avaient souvent des problèmes de relation avec le sexe opposé, et le monde en général. Je t'embrasse.
commentaire n° : 6 posté par : ariaga (site web) le: 11/02/2008 20:23:26
C'est vrai que ne manque ni de rêves, ni d'énergie, et c'est très bien ainsi :-))

Ariaga, le problème de ce "contre" pour moi est qu'il était polysémique comme dirait Paradox. J'aurais mieux fait de m'occuper de mon Oedipe avec mon père :-)) En tout cas, je ne cesse de bénir le jour où une amie m'a menée à Jung, par l'interposition de C Pinkola-Estes.
commentaire n° : 7 posté par : L'Arpenteuse (site web) le: 13/02/2008 09:50:00

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