Bon, ce poème est un peu long, voir même parfois un peu longuet, mais quelle belle promenade au pays des Profondeurs de Victor.  De toute manière, vous avez du temps pour lire et commenter, moi, je disparais pour plus d'une semaine. Arthérapie oblige, toute une semaine, vais-je y survivre :-) Suite au prochain épisode et bonne lecture

A
mis, ne creusez pas vos chères rêveries;
Ne fouillez pas le sol de vos plaines fleuries;
Et quand s’offre à vos yeux un océan qui dort,
Nagez à la surface ou jouez sur le bord.
Car la pensée est sombre! Une pente insensible
Va du monde réel à la sphère invisible;
La spirale est profonde, et quand on y descend,
Sans cesse se prolonge et va s’élargissant,
Et pour avoir touché quelque énigme fatale,
De ce voyage obscur souvent on revient pâle!

L’autre jour, il venait de pleuvoir, car l’été,
Cette année, est de bise et de pluie attristé,
Et le beau mois de mai dont le rayon nous leurre,
Prend le masque d’avril qui sourit et qui pleure.
J’avais levé le store aux gothiques couleurs.
Je regardais au loin les arbres et les fleurs.
Le soleil se jouait sur la pelouse verte
Dans les gouttes de pluie, et ma fenêtre ouverte
Apportait du jardin à mon esprit heureux
Un bruit d’enfants joueurs et d’oiseaux amoureux.
Paris, les grand ormeaux, maison, dôme, chaumière,
Tout flottait à mes yeux dans la riche lumière
De cet astre de mai dont le rayon charmant
Au bout de tout brin d’herbe allume un diamant!
Je me laissais aller à ces trois harmonies,
Printemps, matin, enfance, en ma retraite unies;
La Seine, ainsi que moi, laissait son flot vermeil
Suivre nonchalamment sa pente, et le soleil
Faisait évaporer à la fois sur les grèves
L’eau du fleuve en brouillards et ma pensée en rêves!

Alors, dans mon esprit, je vis autour de moi
Mes amis, non confus, mais tels que je les voi
Quand ils viennent le soir, troupe grave et fidèle,
Vous avec vos pinceaux dont la pointe étincelle,
Vous, laissant échapper vos vers au vol ardent,
Et nous tous écoutant en cercle, ou regardant.
Ils étaient bien là tous, je voyais leurs visages,
Tous, même les absents qui font de longs voyages.
Puis tous ceux qui sont morts vinrent après ceux-ci,
Avec l’air qu’ils avaient quand ils vivaient aussi.
Quand j’eus, quelques instant, des yeux de ma pensée,
Contemplé leur famille à mon foyer pressée,
Je vis trembler leurs traits confus, et par degrés
Pâlir en s’effaçant leurs fronts décolorés,
Et tous, comme un ruisseau qui dans un lac s’écoule,
Se perdre autour de moi dans une immense foule.

Foule sans nom! chaos! des voix, des yeux, des pas.
Ceux qu’on n’a jamais vus, ceux qu’on ne connaît pas.
Tous les vivants! – cités bourdonnant aux oreilles
Plus qu’un bois d’Amérique ou des ruches d’abeilles,
Caravanes campant sur le désert en feu,
Matelots dispersés sur l’océan de Dieu,
Et, comme un pont hardi sur l’onde qui chavire,
Jetant d’un monde à l’autre un sillon de navire,
Ainsi que l’araignée entre deux chênes verts
Jette un fil argenté qui flotte dans les airs!

mervh.jpgLes deux pôles! le monde entier! la mer, la terre,
Alpes aux fronts de neige, Etnas au noir cratère,
Tout à la fois, automne, été, printemps, hiver,
Les vallons descendant de la terre à la mer
Et s’y changeant en golfe, et des mers aux campagnes
Les caps épanouis en chaînes de montagnes,
Et les grands continents, brumeux, verts ou dorés,
Par les grands océans sans cesse dévorés,
Tout, comme un paysage en une chambre noire
Se réfléchit avec ses rivières de moire,
Ses passants, ses brouillards flottant comme un duvet,
Tout dans mon esprit sombre allait, marchait, vivait!
Alors, en attachant, toujours plus attentives,
Ma pensée et ma vue aux mille perspectives
Que le souffle du vent ou le pas des saisons
M’ouvrait à tous moments dans tous les horizons,
Je vis soudain surgir, parfois du sein des ondes,
A côté des cités vivantes des deux mondes,
D’autres villes aux fronts étranges, inouïs,
Sépulcres ruinés des temps évanouis,
Pleines d’entassements, de tours, de pyramides,
Baignant leurs pieds aux mers, leur tête aux cieux humides.
Quelques-unes sortaient de dessous des cités
Où les vivants encor bruissent agités,
Et des siècles passés jusqu’à l’âge où nous sommes
Je pus compter ainsi trois étages de Romes.
Et tandis qu’élevant leurs inquiètes voix,
Les cités des vivants résonnaient à la fois
Des murmures du peuple ou du pas des armées,
Ces villes du passé, muettes et fermées,
Sans fumée à leurs toits, sans rumeurs dans leurs seins,
Se taisaient, et semblaient des ruches sans essaims.
J’attendais. Un grand bruit se fit. Les races mortes
De ces villes en deuil vinrent ouvrir les portes,
Et je les vis marcher ainsi que les vivants,
Et jeter seulement plus de poussière aux vents.
Alors, tours, aqueducs, pyramides, colonnes,
Je vis l’intérieur des vieilles Babylones,
Les Carthages, les Tyrs, les Thèbes, les Sions,
D’où sans cesse sortaient des générations.

Ainsi j’embrassais tout : et la terre, et Cybèle;
La face antique auprès de la face nouvelle;
Le passé, le présent; les vivants et les morts;
Le genre humain complet comme au jour du remords.
Tout parlait à la fois, tout se faisait comprendre,
Le pélage d’Orphée et l’étrusque d’Évandre,
Les runes d’Irmensul, le sphinx égyptien,
La voix du nouveau monde aussi vieux que l’ancien.

Or ce que je voyais, je doute que je puisse
Vous le peindre : c’était comme un grand édifice
Fermé d’entassements de siècles et de lieux;
On n’en pouvait trouver les bords ni les milieux;
À toutes les hauteurs, nations, peuples, races,
Mille ouvriers humains, laissant partout leurs traces,
Travaillaient nuit et jour, montant, croisant leurs pas,
Parlant chacun leur langue et ne s’entendant pas;
Et moi je parcourais, cherchant qui me réponde,
De degrés en degrés cette Babel du monde.

La nuit avec la foule, en ce rêve hideux,
Venait, s’épaississant ensemble toutes deux,
Et, dans ces régions que nul regard ne sonde,
Plus l’homme était nombreux, plus l’ombre était profonde.
Tout devenait douteux et vague, seulement
Un souffle qui passait de moment en moment,
Comme pour me montrer l’immense fourmilière,
Ouvrait dans l’ombre au loin des vallons de lumière,
Ainsi qu’un coup de vent fait sur les flots troublés
Blanchir l’écume, ou creuse une onde dans les blés.

Victor_Hugo-Octopus-copie-3.jpgBientôt autour de moi les ténèbres s’accrurent,
L’horizon se perdit, les formes disparurent,
Et l’homme avec la chose et l’être avec l’esprit
Flottèrent à mon souffle, et le frisson me prit.
J’étais seul. Tout fuyait. L’étendue était sombre.
Je voyais seulement au loin, à travers l’ombre,
Comme d’un océan les flots noirs et pressés,
Dans l’espace et le temps les nombres entassés!

Oh! cette double mer du temps et de l’espace
Où le navire humain toujours passe et repasse,
Je voulus la sonder, je voulus en toucher
Le sable, y regarder, y fouiller, y chercher,
Pour vous en rapporter quelque richesse étrange,
Et dire si son lit est de roche ou de fange.
Mon esprit plongea donc sous ce flot inconnu,
Au profond de l'abîme il nagea seul et nu,
Toujours de l’ineffable allant à l’invisible...
Soudain il s’en revint avec un cri terrible,
Ébloui, haletant, stupide, épouvanté,
Car il avait au fond trouvé l’éternité.



Quelques dessins ici et

Ah Victor, mon cher Toto, Homme océan, comme j'envie ta Juliette.
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Vendredi 28 mars 2008

commentaires (3)    par L'Arpenteuse
Lorsque je  veux me reposer de lectures ardues, je ne m'intérresse pas au people, ni aux romans policiers, et encore moins aux romans historiques.

Non, je l'avoue j'aime les contes, contes de fées, de diables,  ou de bêtes, ou de dieux, depuis toujours ce sont les contes qui me parlent. 

Certains  sont d'ailleurs infiniment plus insidieux et effrayants que ne le sont (pour moi) Elroy ou Sade, épouvantails à moinillons. Ceux-là ne me feraient pas regarder sous le lit pour voir si quelque Baeete ne s'y tapit. Par contre certaines versions non expurgées de contes "pour enfant....

Appartenir à une famille qui a connu des revers a un avantage non négligeable,  c'est que les jouets et les livres qui vous sont confiés feraient baver de concupiscence plus d'un honnête collectionneur. Et approcher  les grands contes avec des illustrateurs comme ceux-ci, ça ne vous soigne pas la mélancolie, mais ça vous forme là jamais le regard :

Mon Bien-aimé Arthur Rackham

rackham6.jpg




















Rackha6-.-his-strange-case.JPG




















Raymond Dulac

dulacfirebird1.jpg



















Walter Crane
crane.jpg




















Eux et tant d'autres que l'on peut retrouver ici (merci Florizelle) et


Pour grands enfants aussi , les dessins animés magiques d'un grand poète, Youri Norstein,  que viennent de me faire découvrir Kinkapricorne et Meerkat : Le hérisson dans le brouillard  et le conte des contes

norstein3.jpg
Et enfin cette cruelle légende sous forme de chanson traditionnelle : la Blanche Biche :

Là-haut là-haut parmi ces champs Sont la mère et la fille
J’entends la mère qui va chantant La fille qui soupire

Qu’as-tu qu’as-tu à soupirer Marguerite ma fille
Aurais-tu donc le cœur chagrin Parcequ’on te marie

Ma mère j’ai grand peine en moi Que je n’ose vous dire
Car je suis fille le jour Et la nuit blanche biche

Les chiens de vos trois barons Sont toujours à ma suite
Mais celui de mon frère René Est bien encore le pire

Allez allez chère maman A son château lui dire
Que je suis fille le jour Et la nuit blanche biche


La suite chez MEDIETRAD

Tout ça parce que je viens de commander L'Individuation dans les contes de fées" de M.-L. Von Franz ! (merci CPatricia)


Plus de commentaires pour le moment, mais on peut toujours me joindre par "contact"

En attendant, que la nuit vous soit douce et faites de beaux rêves :-)


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Mardi 4 mars 2008

commentaires (4)    par L'Arpenteuse
Décidemment, l'imagination ne me parle plus. Je n'ai plus envie de me pencher encore une fois sur cette vieille histoire, vielle lune du passé.  J'ai franchi une porte, et je sais qu'il n'est pas bon de se retourner.

Tout ce que je peux dire, c'est que quand un conte de "l'imagination" prend un caractère obsessionnel, plutôt que de le faire taire, il vaut bien mieux écouter ce que cette chose raconte de sa propre vie. Dans mon cas, c'est le jour où j'ai décidé d'y aller voir, que j'ai enfin vu et compris.

cine623.jpg Aux vieux contes, je préfère les rêves nouveaux, comme celui-ci :

Pendant la formation, on nous demande à K. et moi de dresser les tables pour le repas. Et il s'agit bien de dresser puisqu'il faut chercher tables et chaises dans un hangar, de les mettre en place, de mettre le couvert.

La table mise, les convives arrivent et s'installent et voilà, qu'il n'y a pas de place pour moi à la grande table. Je vais m'en plaindre à ma formatrice qui se fâche et me fait dégager une place. Je me retrouve entourée de 2 jeunes gens et d'une jeune fille qui me disent être les enfants d'un des stagiaires.

Le repas se termine, le père, les 2 fils et moi décidons de faire une démonstration "d'assise zen". La salle est maintenant vide, il reste juste quelques personnes qui se moquent de nous, et nous jettent des petits objets. Nous, on s'en moque, on s'installe sur nos coussins pour la méditation. La pièce semble devenir immense, et plongée dans une douce pénombre, c'est une ambiance nocturne, une lumière de clair de lune qui passe par de nombreuses porte-fenêtres.

Nous sommes plongés dans la paix de la méditation, arrivent au fond de la pièce 4 personnes qui commencent un exercice que nous avons appris en cours de chant : Circuler de l'un à l'autre, en modulant des sons, et en s'harmonisant les uns avec les autres. Non seulement les sons qu'ils sortent sont magnifiques, mais ils se matérialisent sous forme d'une onde lumineuse et dorée, qui va de l'un à l'autre, comme un vol d'oiseaux.

sacre_clip_image051.jpgJe ne résiste, je me mets à répondre à leurs chants et l'onde lumineuse vient vers nous. Un moment magique se passe où les sons et la lumière circulent d'un bout à l'autre de la pièce. Puis nous nous levons de nos coussins de méditations. Nous sommes très émus, les garçons m'embrassent et me disent qu'ils sont heureux de me confier leur père, lequel père en semble très heureux aussi.

C'est la joie et la tendresse qui rayonnent dans cette fin de rêve.

Quels que soient les messages de ces rêves, je constate qu'ils sont une véritable richesse dans ma vie. Pas du tout dans le sens d'un refuge contre les aléas d'un quotidien, mais qu'au contraire, il semble que j'en tire une force qui rayonne dans ma vie de tous les jours.

C'est pour ça, que je prends 5mn pour les noter le matin, que je les attends avec curiosité le soir. Et maintenant, il m'arrive de pouvoir me souvenir de rêves chaque nuit. Tous sont loin d'avoir les qualités de ceux que j'ai conté ici, ils sont parfois confus, mais il est rare que je n'en retire pas un petit enseignement.

Ce qui me surprend le plus, c'est l'absence de cauchemard, ou même de rêves désagréables. Même lorque j'y rencontre des symboles qui sont donnés habituellement comme négatifs(comme une inondation, où je "navigue" sur le dos d'un genre de Léviathan) , ils ne semblent pas jouer ce rôle chez moi. Dans ces cas là, c'est plutôt le mot exploration qui s'impose à moi.

Alors, explorons notre propre magasin pittoresque
sacre_clip_image045.jpg
puisqu'il regorge de tant de richesses qui sont nôtres.

Illustrations : Gustave Doré (De la terre à la lune, 20.000 lieux sous les mers, Bible)





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Mercredi 13 février 2008

commentaires (5)    par L'Arpenteuse

Et commençons par le commencement :

Dès la naissance j’ai eu à apprendre que la meilleure façon de rêver était surtout de ne pas rêver et de ne rien attendre, ni espérer du monde qui m’entourait. Surtout de celui des humains, tel que ma famille voulu bien me le faire découvrir. 

Comme je suis très sotte, il me fallut plus de 45 ans pour découvrir que lorsque une mère se vante, entre autre,  de corriger un nouveau-né pour lui ôter sa « méchanceté », le coupable alors n’est pas l’enfant, mais la mère.  45 ans à ne rien écouter des messages de ma petite voix qui me racontait une histoire terrible, et à croire qu'il me fallait me racheter des milles et une méchantés commises à l'insu de mon plein gré.

J'étais tellement chargée de méchanceté qu'à 6 ans je calculais avec terreur l'extension des tâches dont je croyais mon "âme" définitivement souillée. Au point d'avoir commencée très jeune ma longue carrière d'insomniaque, et que lorsque je parvenais à dormir, j'avais des crises de somnabulisme qui immanquablement se rajoutèrent à ma longue liste de "méchancetés". Au point d'avoir envie de mourir pour avoir enfin la paix, ce qui sous-entendrait, qu'au fin fond de moi, j'avais parfaitement compris que l'enfer c'était l'ici et maintenant de ma chère famille.

Ces émules de la Sainte Inquisition ne connaissaient qu’un mot dans leur vocabulaire : INTERDIT. De parler, de rire, de bouger, de lire où même de rêver : Toute marque d’affection est une faiblesse, tout espoir une frivolité,  tout amour une illusion : Un seul sens à  l’existence : Servir.  Souffrir, et servir : Dieu, le roi et la famille. Sauf que vu qu’on s'était fâché avec Dieu, que de Roi il n’y en avait plus, il nous restait LA FAMILLE.

sllepy.jpg  Hors LA FAMILLE, point de salut. Dès le plus jeune âge, nous fûmes instruites des gloires défuntes de notre tribu et combien injustement nous avions sombré dans la ruine, dans la ruine, certes, mais pas dans la déchéance. Car fort heureusement nous n'avions jamais perdu notre fort précieuse "noblesse", présente même dans des petites femelles comme l'Arpenteuse et ses soeurs. Bien que nous soyons "petites garces", (Il s'agit du surnom tendre donné aux filles) et filles de garce  nous avions une certaine valeur, probablement pour avoir hérité d'une part du précieux sang.

On pourrait penser que ce n'est pas très épanouissant comme enfance. Ce fut d'ailleurs ma première réaction quand, grace au conte de la petite voix,  je retrouvais une certaine petite fille, dans sa réalité crue, très loin du brouillard de l'idéalisation .

 Evidemment, le jour où c’est sorti, je fus un peu fâchée.  D’abord, sur mon Inquisition familiale et sa représentante la plus proche, ma mère. Ensuite sur moi-même qui n’avais rien vu, ni compris durant toutes ces années.

En colère, jusqu’à ce que je comprenne que pour être vraiment vivante, il fallait, plus encore que pardonner, passer outre et ne pas me noyer dans une rancune stérile, pas plus à l’égard des autres que de moi-même. La rancune ça ne laisse pas de place à la vie.

D'autre part, cette éducation avait eu quelques avantages. Outre une bonne culture générale, elle m'a permis de développer mon sens de l’observation et de l’attention, elle m’a obligé à faire de ma vie un chemin d’études et de réflexion, elle m’a ôté toute velléité de jugements hâtifs en m’obligeant à être en permanence dans l’examen de ma conscience et des mes attitudes.

Finalement, j'en viens presque à leur en être reconnaissante de leur fichue éducation,  enfin presque...... Et puis de quel droit les juger, après tout , la seule chose dont je sois sûre c'est qu'ils ont connu quelquechose de  terrifiant dans leur histoire qui les a mené à ça : A la perte de leurs "biens", de leurs"honneurs" et finalement d'eux même. Puisqu'à reprendre leur généalogie c'est face à un suicide collectif qu'on se retrouve : D'abord par dissolution de générations entières dans les ordres, et une fois que Dieu fut déclaré mort, par des méthodes diverses et variées.

Mais ça, il n'y a que moi qui accepte de le voir, les autres, ils continuent à être fiers de leur "originalité", les filles de leur "garcitude" et tous en crèvent à petit feu, après tout c'est leur problème. Moi de cette histoire là, je  m'en suis échappée.

Ceci étant posé, le conte de la petite voix peut commencer.

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Mardi 5 février 2008

commentaires (7)    par L'Arpenteuse
sphinge.JPG

Et si vous me demandiez ce qu’il m’en reste ?

 
Il m’en reste si peu.

Un peu de poudre aux yeux

La trace moirée d’un papillon au bout des doigts,

La danse des mortes sur le gazon,

L’étalon capturé comme Absalon,

et le garçon qui pleure dans l’escalier

 

Et si vous me demandiez  en quels lieux,

Et en quels temps

Les ais-je rencontrés?

 

 Quand chaque nuit,

je reprends la toile et les fils de soie,
l’aiguille effilée,
les ciseaux d’argent dorés,
le vieux dé que tant d'autres avant moi ont usé.

 
Quand je remets l’ouvrage sur le métier,
avant que l'aube inévitable ne le défasse
et que je brode la nuit et les heures.

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Mardi 4 décembre 2007

commentaires (1)    par L'Arpenteuse
Solitude et silence, mes nourritures sacrées.
 
Mais comment vivre autrement ? Comment supporter le tumulte et la bousculade permanente d’une vie active. Enfin, active, agitée me parait juste.
 
Je sais que sans mes temps de retraite intérieure je ne survivrai pas longtemps, à tout ça. Et plus je m’isole du brouhaha, plus je trouve force et paix intérieure.
 
La télé n’a pas difficile à faire disparaître de ma vie, de toute manière je ne la regardais plus, lassée du grouillement : Publicités, désinformations, pipolades, fictions absurdes….. Parfois un documentaire intéressant noyé dans la masse, intéressant, pas indispensable.
 
Il me restait quand même la radio : France Culture et France Inter . Celle-là je l’allumais en rentrant, où en me levant, je ne l’écoutais pas vraiment sauf  l’Humeur Vagabonde à 20H00, c’était ma petite gourmandise du soir.
 
brugges-copie-1.jpgEt puis, avec le temps des élections et la médiocrité affligeante d’une campagne qui n’avait rien de « politique », même la radio en est venue à m’écœurer. Je ne l’aie plus allumée en rentrant. Au  début, c’était un peu étrange, mais avec les fenêtres ouvertes de la belle saison, la compagnie du vent, des oiseaux et des lointains de la ville, l’adaptation fut rapide. Finalement je l’allumais plus du tout. Et de même pour la musique. N'est restée qu'une véritable écoute
 
Cette ouverture au silence a changé ma vie. Il m’a rendue plus attentive, plus accueillante vis-à-vis de moi-même et à autrui. C’est surprenant. Finalement, je devrais remercier journalistes et politiciens de m’avoir obligé à couper le son.  Ils m’ont permis de récupérer beaucoup de pouvoir sur ma propre vie.
 
Ecouter le silence, ça donne  une grande force et surtout ça permet d’entendre beaucoup de chose de soi., des choses qu'on n'écoutait pas avant. 
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Jeudi 22 novembre 2007

commentaires (7)    par L'Arpenteuse
Mon cher Daemon est vraiment une bestiole imprévisible.
 
A lire la « dialectique du Moi et l’inconscient » j’apprend que pendant longtemps j’ai pratiqué ce que Jung appelle l'imagination active. Sauf que je la pratiquai…..comme Monsieur Jourdain quand il ignorait faire de la prose. 

Ceci dit, si j’avais vraiment écouté ce que racontait la bestiole. Mais à l’époque je ne voyais pas en quoi me concernaient ces histoires d’enfants maltraités et de suicides. Je n’avais pas été maltraitée, j’avais été parfaitement éduquée, quand aux tendances autodestructrices chez nous, elles étaient juste la preuve de notre incontestable originalité.
  
Je m’étonne moins que l’ophtalmo qui suit la famille m’ait sorti un jour : Mais qu’est-ce que vous avez tous dans cette famille à craindre d’être aveugle ? Elle s’interrogea même sur l’opportunité de consulter un psy….. Evidemment, j’en fus enragée à un point. Maintenant, à relire ça…….
 
Je préfère en rire.
 
Grande curieuse, je n’ai pas résisté à la tentation de me mettre à la disposition de mon Daemon, pour voir ce qu’il pourrait bien me raconter aujourd’hui.
 
Tu veux une histoire, pas de problème, un conte même. Tant mieux, j’adore les contes.
 
Et le voilà parti à me raconter une histoire d’un prince avec un nom de danseuse orientale, et qui parcoure son royaume sur son cheval, en compagnie de 2 lévriers couleur d’or, et qui rencontre une petite……….STOPPPPPPPPPPPPPP
 
N’importe quoi, j’attendais plus original. Ce n’est pas à mon âge que je vais m’intéresser à des histoires de princes charmants ou non, alors que je trouvais ça idiot dans mon enfance.
 
Et puis alors, quelle idée ce nom, mais où a-t-il pu aller me chercher un nom pareil ?
 
Grande curieuse, je n’ai pas résisté à la tentation de poser la question à Google.
 
Et là encore je dis STOPPPPPP… Ce n’est pas une danseuse orientale. C’est un des livres de la KABBALE ! L’alchimie, l’Inquisition, je veux bien, ça c’est ma charmante lignée maternelle. Mais la Kabbale, et quoi encore, espèce de prétentieux. Je vais déjà découvrir le« Cantique des cantiques », Ariaga et Meerkat (via Bashung), me l’ayant remis en mémoire.
 
clooney.jpgMais ça ne fait plus vraiment rire. J’aimerais parfois avoir droit à des songes féminins « normaux" : Georges Clooney, Brad Pitt, peu importe.
 
Je crois que lorsque j’aurais mis mes finances en ordre, il faudra peut-être que je me décide à consulter un analyste. Histoire de l’amuser un peu avec toute ma brocante mystico-familiale.
 


Heu....et les lévriers ?
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Jeudi 8 novembre 2007

commentaires (2)    par L'Arpenteuse
Quel pays ?
 
Celui où je suis née ?
 
Les Ardennes belges près de Namur. Un lieu austère dans une forêt très sombre. Une maison grise, de pierre et de schiste. Des murs épais, comme une forteresse élevée contre le froid et la mélancolie. Déjà originale de nature, j’y suis née une nuit d’orage, à la lumière de bougies placées aux 4 coins du lit. Il fallait l’oser, j’ai osé, au grand dam de ma mère qui m’en fit  longtemps reproche.
 
Celui où j’ai passé une grande partie de mon enfance :
 
En région parisienne, dans la ferme d’un château et de son grand domaine. Clos de murs et presque désert. Peuplé de chats, de silence et de livres. J’y étais fort bien, solitaire.
 
Et puis il y eut la Normandie, celle que j’aime, du pays de Caux, avec sa lumière, sa mer et ses couleurs nacrées. Le Berry, que Cile vient de remettre en mémoire. Ce cher Berry avec ses paysages intimes, vallonnés, féminins. Ses maisons et ses toitures rousses qui jouent de la courbe et de la contre-courbe, ses églises romanes et ses jardins : Orsan, Noirlac, Nohant…….
 
La Bourgogne, plus récemment, d’Autun la très fière, à Cluny si belle, mais trop courue.
 
Et encore en région parisienne, la cathédrale face à laquelle je vis tous les jours. Tête à tête enchanteur, avec son rayonnement et ses nombreux clandestins : pigeons, corneilles, chouettes et tous les petits chanteurs de son jardin.
 
Tous ceux-là et bien d’autres qui habitent mon pays intérieur. Tout ceux aussi que j’aimerais un jour découvrir, de la vieille ville de Damas, aux jardins du Portugal, de la Sicile aux faïences bleues de  Samarcande. 

Je suis d’ailleurs, de partout et de tout temps. Mon pays, c’est ma vie et chaque jour j'en découvre un petit peu
plus.
 
frahan.jpg

Là, je triche un petit peu, c'est Frahan sur la Semois, mais c'est très ressemblant. 

Et aussi, à voir chez Florizelle le peintre Patinir, et ses visions de la vallée de la Meuse
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Vendredi 26 octobre 2007

commentaires (4)    par L'Arpenteuse

Ensuite  ? Ensuite, je me retrouvais à peu près comme ça :

durer.jpg

J'avais reçu un magnifique cadeau, que fallait-il en faire ?

Qui allait m'en donner la clé ? 

Ma petite voix intérieure me dit alors : Ma fille, tu t'es toujours débrouillée dans la vie, alors.....

"Demandez, et l’on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez et l’on vous ouvrira." Matthieu 7.7 

Pourquoi faut-il toujours que ce soit ces écritures là qui me répondent ???

Première approche  : Si je m'en tiens au niveau symbolique, c'est un chemin initiatique où je suis menée de l'obscurité à la lumière. Il faut même revêtir une tunique blanche à la sortie de la caverne, comme dans les Mystères d'Eleusis. Sauf que le passage dans l'obscurité n'était pas effrayant, au contraire. Il y aurait donc 2 célébrations, dans la nuit je me réconcilie avec ma part masculine, et au jardin je redeviens totalement femme. Il y a alors 4 femmes : le jeune fille, la rêveuse (qui à la période correspondante à cet amour est une jeune femme), une femme mûre et une femme âgée, à peu près les quatre âges de la vie.

Deuxième approche : Version pragmatique : Tant que je restais dans une rancoeur absurde vis-à-vis de cet homme, c'est l'amoureuse en moi que je condamnais. Un peu court, toute la partie sur le jardin alors n'est pas nécessaire. Or, le jardin me semble le moment le plus important.
 
Troisième approche : Version hédoniste : C'est un rêve agréable, rien de plus, n'y pensons plus. Là, c'est carrément idiot

Une chose paraissait sûre dans ce message, c'est qu'il était temps que j'arrête de bouder et que je me relance dans l'aventure de la vie. De ce point de vue là, je suis gagnante.

Pour le rêve, Ariaga, vient de me donner un nouvel éclairage, qui confirme l'importance du jardin. Parce que pendant mes 20 années de bouderie, j'avais un rêve récurent. Où il était question de labyrinthe. Et des labyrinthes  dans les jardins médiévaux.....





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Mercredi 10 octobre 2007

commentaires (4)    par L'Arpenteuse
Je déteste la pluie, je déteste la pluie, je déteste la pluie
 
Ce vent, et ce froid !
 
 
Ecoute la chanter sur le toit, tu ne la détesteras plus.
 
Une bourrasque qui cogne dans la cheminée ! et la reconnaissance pour cet abri paisible et chaud.
 
La cathédrale fait le dos rond. Même l’antienne de son carillon s’est adoucie.
 
Dehors le silence s‘installe, la rue est vide.
 
Faire chanter la bouilloire, se lover dans les parfums de son thé, et voyager,
 
Vers Bruges l’endormie, celle que j’ai si bien connue et qui se rappelle à moi 

Elle est si belle, ma pluie
 
Tableau : Fernand Khnopff - Peintre du silence



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Vendredi 28 septembre 2007

commentaires (2)    par L'Arpenteuse

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Libres pensées

"Ceux-là seuls qui se prosternent comme des esclaves devant la réussite peuvent trouver que l'efficacité est admirable indépendamment de l'accomplissement auquel elle tend."
(B. Russell / 1872-1970  - Pourquoi je ne suis pas chrétien )
 
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